Aborigènes

Pourquoi s’intéresser aux aborigènes et indigènes dans la réponse à apporter aux dérèglements climatiques et aux déliquescence des diverses organisations autour desquelles nous faisons société ? Car ayant un rapport différent au vivant humain, et non humain, ces populations ont de nombreux savoirs et sagesses à nous enseigner pour relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

Recommandation du GIEC

Le GIEC dans son rapport aux « Policy Makers » de 2019 invite les institutions à s’inspirer des indigènes et populations locales : « Bien que de nombreuses communautés dans le monde démontrent la possibilité d’une mise en œuvre compatible avec les trajectoires de 1,5°C, très peu de pays, régions, villes, communautés ou entreprises peuvent actuellement faire une telle affirmation. Pour renforcer la réponse mondiale, il faudrait que presque tous les pays augmentent sensiblement leur niveau d’ambition. La mise en œuvre de cette ambition accrue nécessiterait le renforcement des capacités institutionnelles dans tous les pays, y compris la capacité d’utiliser les connaissances indigènes et locales. »

Citation du philosophe australien de l'environnement Glenn Albrecht

Pour réfléchir à l’intérêt de nous inspirer des indigènes et aborigènes, Glenn Albrecht nous fait réfléchir : « Nous avons tendance à considérer la planète comme un dépotoir, sans penser à l’impact de la pollution sur nos vies, notre santé, sur les autres. Une culture qui peut traverser des centaines de millénaires a clairement quelque chose à nous dire. Notre culture n’a même pas 300 ans ! Et nous sommes déjà en train de provoquer des changements qui pourraient mener à notre propre destruction ?! Je dirais que les Aborigènes ont deux choses cruciales à nous apprendre. D’abord leur relation à la nature, dans laquelle ils ne font pas de distinction entre l’humain et le non-humain, qui sont interconnectés. L’éthique environnementale fait partie de leur culture. Ils ont – par exemple – des animaux totems : il est de ton devoir de protéger ton totem : tu ne le manges pas, tu ne l’exploites pas, tu veilles sur l’endroit où il vient se reproduire, et tu n’exploites pas l’eau, la nourriture des espaces qui pourraient provoquer l’extinction des espèces qui y vivent. Et puis les Aborigènes ont également réussi à vivre des centaines de milliers d’années dans un immense pays sans se battre en permanence. Leur modèle, que j’admire énormément, est celui d’un lien très fort de chacun à sa région. Vous apprenez tout sur votre région, sa géographie, sa faune, sa mythologie, et vous vous identifiez au paysage, et parce que vous grandissez avec ce fort sentiment d’appartenance, d’identité, cela n’a pas de sens pour vous d’aller prendre la place de quelqu’un d’autre. Si bien que chaque peuple protégeant sa région, le territoire entier devient protégé. En Australie, si vous allumez un feu chez vous sans respecter vos voisins, vous risquez de brûler leur maison… Donc il faut communiquer, échanger, et il y a un sens de la justice qui est dans leur culture. Ce que j’ai appris des cultures traditionnelles, et pas seulement des Aborigènes, c’est que si vous ne voulez pas que votre culture soit éphémère, il faut respecter cet amour pour le paysage. L’amour n’est pas qu’une affaire d’humains. Cette intense identification à un lieu est parfois vue comme négative, comme si c’était synonyme de nationalisme ou de xénophobie. Je ne pense pas que le peuple aborigène était xénophobe. Ils ont d’ailleurs accueilli les Européens. Sauf que les Européens ont érigé des barrières, abattu les arbres, tué les animaux, empoisonné l’eau et tué les Aborigènes ! Ils ont vécu une première colonisation, et en vivent aujourd’hui une seconde, sous une autre forme, avec le problème du réchauffement climatique. Mais ils sont toujours là, pendant que nous paniquons à cause d’un virus. Ce peuple a connu bien pire. Ils résistent. Ils préservent leur culture. Ils continuent de respecter et d’aimer le pays, et ils essaient d’inviter le reste de l’Australie à faire de même. Mais nous ne sommes pas encore prêts. »

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2 réflexions au sujet de “Aborigènes”

  1. “Votre esprit de rapacité vous fera disparaître” : pourquoi il faut lire la lettre de Sitting Bull au Président des États-Unis.

    Et en voici le texte complet… n’en zappez surtout pas la fin !

    L’homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c’est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n’est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu’il l’a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu’un désert.

    Nos mœurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l’homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l’homme rouge est un sauvage et ne comprend pas. Il n’y a pas d’endroit paisible dans les villes de l’homme blanc. Pas d’endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps ou le froissement des ailes d’un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l’homme ne peut entendre le cri solitaire de l’engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d’un étang la nuit? L’Indien préfère le son doux du vent s’élançant au-dessus de la face d’un étang, et l’odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi ou parfumé par le pin pignon.

    L’air est précieux à l’homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle; la bête, l’arbre, l’homme, ils partagent tous le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l’air qu’il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l’air nous est précieux, que l’air partage son esprit avec tout ce qu’il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit ou même l’homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.

    Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre? L’idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l’air et le miroitement de l’eau, comment est ce que vous pouvez les acheter?

    Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour notre peuple. Chaque aiguille de pin luisant, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d’insecte est sacré dans le souvenir et l’expérience de notre peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l’homme rouge.

    Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu’ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n’oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l’homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l’homme; tous appartiennent à la même famille.

    Aussi lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu’il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérerons donc, votre offre d’acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.

    Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n’est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu’elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d’événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père.

    Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.

    Nous considérerons donc votre offre d’acheter notre terre. Mais si nous décidons de l’accepter, j’y mettrai une condition: l’homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

    Nous sommes sauvages et nous ne connaissons pas d’autre façon de vivre. Nous avons vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d’un train qui passait. Nous sommes des sauvages mais nous ne comprenons pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

    Qu’est-ce que l’homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l’homme mourrait d’une grande solitude de l’esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l’homme. Toutes choses se tiennent.

    Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu’ils foulent est fait des cendres de nos aïeux.

    Pour qu’ils respectent la terre, dites à vos enfants qu’elle est enrichie par les vies de notre peuple. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes. S’ils salissent la terre ils se salissent eux-mêmes.

    Nous savons au moins ceci: la terre n’appartient pas à l’homme, l’homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.

    Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n’est pas l’homme qui a tissé la trame de la vie: il en est seulement un fil. Tout ce qu’il fait à la trame, il le fait à lui-même.

    Même l’homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune. Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. II y a une chose que nous savons, et que l’homme blanc découvrira peut-être un jour, c’est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l’homme, et sa pitié est égale pour l’homme rouge et le blanc. Cette terre lui est précieuse, et nuire à la terre, c’est accabler de mépris son créateur. Les blancs aussi disparaîtront; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.

    Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du Dieu qui vous a amenés jusqu’à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l’homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d’hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent. Où est le bison? Disparu. Où est l’aigle? Disparu. Ou sont les animaux ?Disparus. Ou est la beauté de la terre ? Disparue.

    Votre esprit de rapacité vous fera disparaître. Notre esprit nous rendra faible en apparence. Mais un jour l’idée du respect de la terre renaîtra car la fin de la vie est le début de la survivance.

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    • Merci infiniment pour ce texte si puissant de Sitting Bull que nous avons relu avec émotion (et rage) ! Nous allons ajouter une notion « esprit de rapacité » dans les Herbes folles avec cette lettre !

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