Non violence

La non-violence politique

La non-violence politique est une idéologie politique née en 2017, avec la publication du premier essai qui la met en place, Le symbolique est politique. Quel projet politique pour contrer les violences interrelationnelles structurelles ? (2017). Elle part de l’analyse des dynamiques sociales de violence relationnelle normalisée pour proposer d’abord des pistes de remédiation, puis un projet politique complet de société.

Les formes de violences comme conséquences des systèmes de domination

Beaucoup de violences sociales relationnelles ont partie liée aux systèmes de domination, dont les deux principaux sont celui de sexe puis le système colonial. En effet, la normalisation de ces violences relationnelles constitue un outil parmi d’autres qui, tout en étant le produit du système de domination, vise à le faire perdurer. Elles sont un des outils permettant de subordonner une catégorie d’individus à une autre. Sans résumer la réalité de toutes les violences sociales relationnelles existant aujourd’hui, les violences inhérentes aux systèmes de domination expliquent beaucoup d’entre elles (racisme, homophobie, violences faites aux femmes…). Par ailleurs, beaucoup de violences sociales qui n’en résultent pas suivent pourtant parfois les schémas représentationnels installés par les systèmes de domination (harcèlement scolaire, bullying…). Penser une société sans violences sociales structurelles implique donc forcément de penser aussi, et connaître, les systèmes de domination.

Les systèmes de domination reposent pour beaucoup sur les imaginaires sociaux. En effet, ils produisent tout un schéma de représentation, qui le plus souvent définit des rôles complémentaires, ou bien distincts, pour les individus, où chaque catégorie d’individus est pourvue de sa place dans le social, de ses obligations et de ses prérogatives. Celles-ci concernent aussi bien les dominants que les dominés, toutes les identités sociales étant définies pour que le système puisse fonctionner. Ainsi, les systèmes de domination produisent une inégalité qui paramètre les rapports sociaux, y compris la possibilité ou non d’exercer de la violence.

On peut définir la violence comme le phénomène ou la dynamique entrainant la destruction de l’objet qu’elle prend pour cible. Les systèmes de domination prévoient une violence structurelle, qui constitue une dynamique plutôt qu’un éclat et qui reste le plus souvent presque invisible, car le social normalise son existence, d’une part, et d’autre part tout une série d’instruments d’invisibilisation sont aussi prévus par le système pour en expliquer les débordements. En effet, on ne perçoit en fait cette violence que lorsqu’elle excède le faible degré installé de façon permanente comme instrument et comme marque du système de domination.

La non-violence politique visant à éliminer les violences relationnelles prévues par les systèmes de domination, ainsi que celles d’autres types mais qui suivent les schémas de représentation installées par eux, est à distinguer de la non-violence portée par Gandhi ou de l’action non violente. En effet, cette dernière vise à s’opposer aux dominations sans affrontement violent menant à s’engager dans une spirale de violence. Cette non-violence politique ci vise en revanche à éliminer les violences relationnelles, tout en établissant un rapport plus complexe à la violence. La violence subordonnante d’une part est nécessaire au système, donc incontournable, d’autre part elle est un besoin pour l’individu dominant, qui l’intègre comme arsenal de définition identitaire dans le sein de cette société. Lorsque l’individu subordonné par le système se trouve confronté à cette violence, y compris quand elle excède la dose normalisée, il n’a parfois pas d’autre choix que de se défendre, car le dominant ne peut pas arrêter cette violence, dont il a besoin en fait même pour se penser. Sans s’engager dans une spirale de violence, l’individu subordonné peut donc être amené à se défendre, donc à avoir la possibilité d’exercer la violence de façon ponctuelle.

La non-violence politique comme projet de société

Le projet de société que propose la non-violence politique se caractérise pour mettre l’humain au centre de la préoccupation du politique et du social. Le développement de l’individu, au sens plein du terme, doit être la préoccupation première de toute forme d’organisation du social, non seulement dans son bien-être matériel, mais encore dans le développement spirituel et relationnel. Pour diminuer les violences structurantes, le social non violent doit construire les identités non plus de façon relationnelle, établissant des supposés forts parce qu’il y a des supposés faibles, mais par rapport au parcours vital de chaque individu, par l’analyse, l’assimilation et l’intégration des expériences de vie. Le social non violent fait de la violence un tabou absolu, car la question des violences structurelles n’est pas tant l’objet qu’elles se donnent, comme la possibilité elle-même d’existence de la violence, qui peut toujours changer d’objet et franchir des paliers, comme le prouvent par exemple les génocides. Les acquis de l’analyse des dynamiques violentes permettront par ailleurs de penser toutes les sphères de la vie d’une société : l’économie, l’urbanisme, la géopolitique…

Parce qu’à la base elle analyse des structures, la non-violence politique produit à terme une grille d’analyse du réel. En effet, les principaux ressorts de cette violence structurelle sont la subordination, la normalisation et l’appartenance –en son double versant d’appartenance à un groupe et des rapports d’objet qu’un individu peut établir envers un autre. Le type de rapports qui président à sa mise en place sont donc les rapports hiérarchiques, les rapports présidés par l’inclusion ou extériorité à une communauté, car une certaine violence peut définir ses limites, le rapport de possession envers la personne marquée comme objet de possession. La violence de normalisation, qui se met en place envers la personne qui déroge aux impératifs d’hétéronormativité constitue donc une violence qui définit les limites de la communauté –elle définit le possible, elle définit le vivable. On la distingue de la violence liée à l’appartenance afin de faciliter l’analyse des violences communautaires d’origine ethnique, religieuse ou nationale.

Du fait qu’elle produit une grille d’analyse, la non-violence politique permet d’ores et déjà une périodisation sommaire des sociétés dans l’histoire. Les grands clivages établissant des tournants sont l’irruption des monothéismes, qui systématisent une hétéronormativité et une domination masculine auparavant moins étendues ; l’avènement du capitalisme, qui a comme besoin structurel la subordination de toute une série d’individus produisant un travail gratuit et invisible – les femmes et le sujet colonial ; la production idéologique mise en place par les Lumières qui, bien que diverse, a été retenue de façon différentielle, les textes établissant la subordination des femmes s’imposant pour légitimer les besoins d’un capitalisme déjà ébauché et le naturalisme du XIX siècle prenant le relai de ce présupposé idéologique, qui affecte aussi au sujet colonial. Bien que confrontant des résistances dès leur installation, les subordinations ainsi posées ne rencontreront pas de réels infléchissements, encore à parfaire, jusqu’aux mouvements sociaux qui ont eu lieu au XXème siècle.

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